Ceux qui n’avaient pas peur (ch. 2 – part. 2)

La réponse avait été négative. Les élèves n’avaient pas de temps à perdre à se costumer. Ils devaient apprendre leurs leçons et non des répliques. Le vieil homme avait en vain essayé d’infléchir cette décision, mais le directeur était têtu, et rien ne pouvait le faire changer d’avis.
Quand Marcus apprit la nouvelle, il ne put se résigner, et puisqu’il n’avait pas le droit de jouer pour les autres, alors il jouerait pour lui-même. Chaque soir, il s’isolait une demi-heure dans le jardin du pensionnat. Une fois à l’écart des surveillants et des autres élèves, il déclamait ses tirades, ne laissant ni le froid, ni la pluie, éteindre le feu de la toute jeune passion qu’il sentait naître dans son cœur.
Le vieux professeur était le gardien de ce secret et l’encourageait discrètement. Quand il faisait une lecture à la classe, Marcus avait l’impression que celle-ci lui était destinée. Et il avait raison, le vieil homme trouvait dans ce jeune garçon passionné une force nouvelle pour transmettre son savoir.

En cette fin d’année 1909, il ne sentait plus la fatigue de l’âge, l’envie d’enseigner lui était revenue, toute neuve. Il était heureux. Et c’est heureux qu’il s’endormit pour ne plus se réveiller aux tous premiers jours du printemps. Si le chagrin de Marcus fut grand, il n’en laissa rien paraître. A la disparition du vieil homme, il se plongea dans le travail avec un acharnement et une volonté tels qu’il effraya ses plus proches amis. Il ne passait plus un instant sans étudier, sans apprendre, se levant avant les autres, se couchant tard, réduisant ses temps de vie quotidienne au strict minimum qu’impose les repas et la toilette. Certains professeurs et surveillants finirent par le remarquer et par s’en inquiéter.
Mais les résultats étaient là, et en quelques semaines, Marcus devint premier dans toutes les disciplines. Ses professeurs le félicitèrent à mi-voix, se demandant ce que cachait un si soudain  engouement de leur élève pour le travail.
Ils eurent la réponse six mois plus tard. Marcus sollicita, par l’intermédiaire de son professeur principal, un entretien avec le directeur. Le professeur lui présenta Marcus comme un élève travailleur, aux résultats brillants. Cette description lui plut immédiatement. Le travail, les résultats : voilà ce qu’il aimait entendre. Des valeurs saines pour des enfants sains aimait-il dire. Il détestait les cancres, mais n’appréciait guère plus les génies pour qui tout était facile sans efforts.
Il accepta de le rencontrer. Ce que Marcus lui dit, nul ne le sut jamais, mais il obtint l’autorisation de présenter une pièce de théâtre le dernier jour de l’année. Il lui restait deux mois pour se préparer.

 

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