Ceux qui n’avaient pas peur (ch. 2 – part. 3)

Les cours s’égrenèrent avec leur lente et immuable régularité jusqu’à ce que l’échéance soit proche. Tout le monde avait fini par savoir qu’une représentation allait être donnée par un élève. Marcus n’avait pas eu besoin de faire de publicité autour de son projet, le mystère dont il avait entouré la préparation de celui-ci avait fini par attirer la curiosité de tout l’internat. Des rumeurs fantasques courraient sur son compte, les professeurs s’étaient pris au jeu et pour avoir le fin mot de l’histoire, avaient été interroger le directeur. Celui-ci leur avait répondu en souriant qu’il n’en savait rien, il avait convenu avec le jeune étudiant que celui-ci devrait lui donner le nom de la pièce qu’une journée avant la représentation. Les élèves l’avaient su et la rumeur avait encore enflé. Quel texte Marcus allait-il pouvoir jouer, seul dans le grand réfectoire de l’internat, transformé pour l’occasion en théâtre ?
Et puis il y avait ceux qui savaient. La garde rapprochée de Marcus qui se serait laissée écorcher plutôt que de lâcher un mot. Ces élus étaient ses amis de toujours : Brunon, Orfeo et  Foucault. Avec Marcus, ils étaient inséparables et n’avaient de secret qui ne fut connu de toute la bande. Entre eux pas de manières, leur franche amitié leur avait permis de surmonter les disputes et en était sortie renforcée.
Marcus avait confié à ses amis une mission importante : ils étaient chargés de la préparation des décors et des accessoires. Ils s’acquittaient de cette tâche avec discrétion, brouillant les pistes en entassant des accessoires qu’ils savaient inutiles à la mise en scène.
À ceux qui leurs posaient des questions, ils répondaient par de grands sourires béats. Cependant, s’ils savaient le contenu de la pièce, ils n’avaient pu assister à la moindre répétition et piaffaient d’impatience à l’idée de voir enfin Marcus entrer en scène.
Celles-ci furent pourtant nombreuses. Chaque nuit, Marcus se rêvait devant son public, jouant un texte qu’il savait maintenant par cœur. Chaque nuit, son jeu s’affinait, sa conviction se renforçait.
Il se réveillait en pleine nuit, en sueur, effrayé mais heureux de sa propre prestation.

À l’approche du grand jour, il se sentait prêt, sans jamais n’avoir réellement joué la pièce.

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