Ceux qui n’avaient pas peur (ch. 2 – part. 5)

Debout pour l’applaudir, le directeur, accompagné d’une délégation de professeurs, vint ensuite trouver Marcus pour lui faire part de ses impressions et le féliciter. Il lui avoua qu’il n’aurait pas cru une telle prestation possible et se félicita de lui avoir donné l’autorisation de faire cette représentation.
Marcus écoutait ces compliments en souriant tranquillement, comme s’il les avait prévus. Mettant fin aux félicitations, il demanda alors au directeur la permission de monter une troupe de théâtre dans l’internat à la rentrée prochaine. Pris au dépourvu par la requête, il hésita puis fixa le visage de l’étudiant. Le regard de Marcus, posé sur lui, le mis mal à l’aise. Dans ces yeux fixes, le directeur pouvait encore apercevoir l’ombre du Horla planer. Il eu peur – une seconde – et accepta.
Les camarades de Marcus qui les entouraient poussèrent un rugissement de joie à l’annonce de la nouvelle et emportèrent Marcus pour fêter son triomphe.
Quelques professeurs restés sur place se regardèrent en souriant. Ils venaient de comprendre la manœuvre de leur élève et ne pouvaient s’empêcher d’admirer la volonté et le talent qui l’avaient amené à faire changer d’avis le directeur. Quelque part, au ciel peut être, un vieux maître pouvait être fier de son disciple.
À la rentrée, Marcus alla trouver le directeur pour lui demander de tenir sa promesse. Celui-ci avait planché sur le sujet pendant les vacances. Il autorisait les élèves à accéder à une salle deux fois deux heures par semaine. Et il exigeait aussi qu’un professeur se charge de valider les candidatures pour faire partie de la troupe et que ce nombre soit limité. De plus un surveillant assisterait à chaque réunion.
Marcus accepta évidemment. Il avait déjà obtenu beaucoup et il savait qu’il ne pourrait extirper plus.
Une des premières propositions de Marcus fut de jouer deux fois par an, une fois à Noël et une autre pour la fin de l’année scolaire. Un vote à main levée entérina cette décision.
Brunon, Orfeo et Foucault l’avaient suivi dans cette aventure et bien que moins talentueux que leur ami, ils ne se montraient pas dépourvus de qualités. Orfeo, grand, le visage sombre, avait une prédilection pour jouer des êtres dévorés par le mal et la colère. Il excellait dans ce répertoire sinistre et rentrait parfois tellement dans son rôle qu’on se demandait où s’arrêtait le jeu et où commençait sa véritable personnalité. Brunon vivait lui son expérience du théâtre avec une véritable épée de Damoclès au-dessus de la tête. Ses résultats scolaires étaient médiocres et il craignait chaque mois que la permission de jouer dans la troupe ne lui sois retirée. Plus que la peur de perdre un de leurs acteurs clef, c’est l’amitié qui poussait ses trois amis à l’aider. Ils retravaillaient certains de ses devoirs à rendre et surtout révisaient avec lui les examens pour s’assurer qu’il assimilait les méthodes et conseils des professeurs.
Le rapport de Marcus à son art était rempli du plaisir toujours renouvelé de se découvrir une nouvelle personnalité. Personnalité qui n’avait d’ailleurs que faire des nombreuses marques d’admiration que lui prodiguaient les élèves autour de lui. Marcus vivait avec modestie son succès car, il l’avait toujours envisagé comme un moyen et non une fin.
Deux ans s’écoulèrent pendant lesquels Marcus assura la présidence du club, avant de laisser la place à un élève plus jeune de façon à ce qu’après son départ, la troupe continue à vivre. Bientôt diplômé, il n’avait pas encore une idée précise de son avenir, mais il sentait que le théâtre aurait toujours une place dans sa vie, loin devant les mathématiques et l’économie.

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