Ceux qui n’avaient pas peur (ch. 2 – part. 7)

Deux semaines avait passé et celles-ci allaient bientôt trouver leur usage. La pièce débutait un peu avant minuit : il restait donc à peine une heure au quatuor pour s’évader discrètement de l’internat. Pour ne pas attirer l’attention, ils avaient dû attendre que les couloirs se vident et que les surveillants s’endorment, afin de se glisser dans la cours. Ils devaient ensuite escalader le mur d’enceinte en agrippant à une canalisation d’eau, à cinq minutes d’intervalle. Brunon fut le premier à le franchir, puis Orfeo et enfin Foucault. Cinq minutes passèrent, puis quinze, mais Marcus n’arrivait pas. Les trois amis commençaient à craindre qu’il ne se soit fait prendre. Plus le temps passait et plus ils prenaient le risque de ne pas pouvoir assister à la première partie de la représentation. À bout de nerf, Brunon décida de repasser le mur pour savoir ce qu’était devenu leur ami. Escaladant la façade avec agilité, il l’enjamba et sauta dans le jardin, se réceptionnant avec souplesse.
Celui-ci était désert. Il allait s’élancer pour le traverser quand une voix l’interpella d’un buisson. C’était Marcus.
— Allons-y, je t’expliquerai en route, lui dit-il.
Le mur fût à nouveau franchi et les quatre amis furent enfin réunis dehors. Pour la première fois, ils étaient libres ensemble dans Paris, excité et piaffant à l’idée de communier autour de leur passion. L’heure avançait, ils pressèrent le pas car il fallait presque trente minutes pour se rendre à pied au théâtre.
En chemin Marcus leur raconta les causes de son retard.
— Un quart d’heure après ton départ, dit-il en s’adressant à Foucault, je descends au rez-de-chaussée, et comme prévu, j’entre en silence dans la salle de toilette. J’allais fermer la porte quand j’ai entendu le bruit de quelqu’un… en pleine activité solitaire.
— Non ! S’exclamèrent ensemble Orfeo et Brunon, alors que Foucault se contenta d’ouvrir la bouche pour former un « Oh » qui ne voulait pas sortir.
Marcus, un sourire aux lèvres, reprit son récit.
— Et si ! C’était sûrement le surveillant d’un des dortoirs et comme ils n’ont pas de chambre individuelle à l’étage, c’est là qu’ils doivent venir chercher un peu… hum… d’intimité.
Ses amis éclatèrent de rire en voyant la grimace de dégoût sur le visage de leur ami.
— En tout cas, plus possible de passer par là. Donc je rebrousse chemin discrètement, je vais jusqu’à la grande porte pour vérifier si elle était bien verrouillée, et elle l’était. Il ne me restait plus qu’à attendre que monsieur finisse sa petite affaire. Il a pris son temps, il lui a bien fallu vingt minutes pour sortir.
— Tu as vu qui c’était ?
— Non, j’étais caché dans l’escalier, je l’ai juste entendu passer. Après son départ, je me suis dépêché de vous rejoindre car je commençais à être un peu tendu à l’idée que vous savoir dehors en train de m’attendre. Je suis passé par la fenêtre, j’ai traversé le jardin, et c’est là que j’ai croisé Brunon.

Son récit s’acheva alors qu’ils arrivaient devant le Théâtre Sarah Bernhardt, propriété exclusive de la comédienne. Situé au bord de la Seine, il impressionnait par ses dimensions et ses larges fenêtres vitrées, faisant d’un austère édifice de pierre en véritable temple dédiée à Thalie. Ne voyant personne devant la porte, les garçons crurent un instant être arrivé trop tard. Il n’en était rien. En pénétrant dans le vaste hall du théâtre, ils découvrirent un espace bondé et enfumé. Les spectateurs, peu pressés de rester assis pendant de longues minutes en silence, gouttaient jusqu’aux dernières minutes au plaisir de la causerie. Les visages étaient souriants et détendus autour d’eux et emportés par cette bonne humeur, ils présentèrent leurs billets avec bonheur à l’employé de la caisse. Une fois au milieu du hall, ils découvrirent deux escaliers latéraux qui permettaient d’accéder aux balcons ainsi qu’à un salon privé. En face de l’entrée, un large escalier en marbre donnait accès à la balustrade. Les portes qui encadraient celui-ci donnaient directement accès au cœur du théâtre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s