Ceux qui n’avaient pas peur (ch. 2 – part. 8)

Les places des quatre amis, les moins chères, étaient celles de la balustrade. De là, ils avaient une vue d’ensemble de la salle qu’ils surplombaient, mais étant loin de la scène, ils allaient devoir ouvrir grand leurs yeux et leurs oreilles pour ne rien perdre de la pièce.
Tout en discutant avec ses amis, sur le ton calme dont use l’audacieux qui vient de réussir un bon coup, Marcus observait les sièges tendus de tissu rouge se remplir progressivement. Son regard captait sans y faire attention une multitude de détails dont certains lui reviendraient plus tard avec netteté. Il y avait ce monsieur bien habillé à la peau du cou rouge et flasque qui faisait des vagues à chacun de ses éclats de rire, cette grosse femme du dernier rang qui peinait à trouver de la place dont son siège, cette nuque blanche qui soutenait un visage angélique mais triste et austère ou encore, près de l’orchestre, ce bonhomme qui en retirant son chapeau, avait manqué d’entraîner sa perruque avec.
Puis la pièce commença. Alors que Marcus aurait dû pleinement profiter de ce grand moment de théâtre, porté par la voix sans égale de la tragédienne, son esprit peinait à compatir des déboires de la malheureuse Jeanne Doré. Il avait promené son regard sur les décors, avait jugé de la qualité des costumes, il s’était même demandé si les placements sur la scène étaient bons ; sans d’ailleurs réussir à trouver la réponse. Quand il se surpris à regarder les spectateurs, Marcus sut qu’une chose, sur laquelle il n’arrivait pour l’instant pas à mettre de mots, n’allait pas.

L’entracte mit fin à ses interrogations. Abandonnant ses amis à leur discussion enthousiaste, il se laissa emporter par le flot  des spectateurs qui se déversait dans le grand hall d’entrée. Ballotté à droite, à gauche, sans but, essayant juste de se vider l’esprit, Marcus ne savait pas qu’il se rapprochait de la réponse à ses questions. La bouffée de chaleur qui monta de son ventre à son visage lui fit tout comprendre. Il venait de retrouver dans la foule la jeune fille à la nuque blanche et au visage triste. C’était cette image qui s’était imprimée en lui, posant comme un voile entre son intellect et le spectacle.

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