Ceux qui n’avaient pas peur (ch. 4 – part. 1)

Tapi dans l’ombre, Raoul attendait sa proie. Peu importe la douleur dans ses genoux, peu importe la fatigue, sa colère et son envie de faire triompher la justice, sa justice, l’aidaient à supporter l’attente.

Trois heures plus tôt, il avait atteint précipitamment la salle de toilette du rez-de-chaussée et, dans un ultime effort, avait pu retenir ses entrailles de se vider dans son pantalon. Tout en longueur, la pièce était bercée par la lumière d’une grande fenêtre qui donnait sur le parc de l’internat. Sur la gauche, une dizaine de lavabos faisaient face à quatre douches individuelles et quatre toilettes à loquet. Pour cacher ses troubles intestinaux et le bruit de sa défécation aux étudiants, c’est là que Raoul préférait s’isoler, loin des dortoirs. Il appréciait de pouvoir se soulager sereinement, l’esprit et le corps détendus.
Mais ce soir-là, son extase n’avait duré qu’un instant. Alors qu’assis sur le trône, il attendait que les spasmes se calment, un bruit le fit sursauter. Il lui avait semblé entendre la porte d’entrée tourner sur ses gonds. Tous ses sens aux aguets, Raoul perçut des pas dans sa direction. Le froissement de tissu ne laissait pas de place au doute, quelqu’un était là, juste derrière sa porte, la seule à être verrouillée. Malgré l’obscurité, ce détail n’avait pas dû échapper à l’intrus car les pas cessèrent, puis se firent à nouveau entendre, en sens inverse.
Le silence revenu, il lui fallut un instant pour que les battements de son cœur se calment. « Qui cela pouvait-il bien être ? », se demanda-t-il. Certainement un élève, car il était le seul surveillant présent dans cette partie du bâtiment. « Qu’est-ce que ce petit emmerdeur pouvait bien faire ici… »
Toujours assis, une idée commença à germer dans son esprit. Et si le choix de cette pièce ne devait rien au hasard. À cet étage, c’était la seule pièce à ne pas être verrouillée. La seule à disposer d’un accès direct sur le parc. À l’idée que, moquant son autorité, un étudiant avait failli réussir à quitter l’internat en pleine nuit, une rage froide envahit Villain. Il se devait de savoir qui. Faire le tour des chambres ne servirait probablement à rien, par contre, il pouvait essayer de le prendre sur le fait. Il connaissait la bêtise des élèves, trop sûrs d’eux, trop confiants.
S’étant rhabillé, il quitta les toilettes et s’engagea dans l’escalier, pour rejoindre ensuite sa chambre individuelle, tout au bout du couloir du premier étage. L’oreille collée à la porte, il attendit patiemment. Quelques minutes plus tard, le craquement des lattes du parquet vint confirmer son intuition. Un sourire de satisfaction se dessina dans l’ombre sur le visage de Villain. Après quelques minutes, il descendit tranquillement à la salle de toilette. Comme prévu, la fenêtre était simplement tirée, sans être verrouillée. Il tourna la poignée d’un geste sec. Quelqu’un allait bientôt avoir une mauvaise surprise.

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